|
Pour une nouvelle
représentation des salariés
L'affaire Michelin aura
contribué à révéler ce que chacun savait déjà : les actionnaires
sont les vrais propriétaires de l'entreprise. Enseignements pour les
salariés. Cet article a été publié par La Tribune le 28 Septembre
1999.
L'affaire Michelin aura contribué à révéler
ce que chacun savait déjà : les actionnaires
sont les vrais propriétaires de l'entreprise. Quand ils ne sont pas
contents, ils changent la direction. A défaut, ils boudent l'entreprise
jusqu'à ce que se présente un nouvel actionnaire prédateur,
suffisamment fort et déterminé pour modifier le cours de choses. Et,
n'en déplaise aux idéologues de tous bords, si la réglementation et la
mobilisation syndicale peuvent retarder les changements, ce n'est que pour
les entériner encore plus, à terme.
L'actionnariat salarié arrive à point
nommé pour rétablir un véritable dialogue entre les actionnaires et les
salariés, une partie de ces derniers se retrouvant tout naturellement
avec les plus actifs des premiers. Profitons de l'engouement pour cette
troisième voie entre la socialisation des moyens de production et le
capitalisme pur et dur qui crée un fossé entre capital et travail. Plébiscité
par une majorité de nos intellectuels, mais aussi de nos décideurs et
des personnes de terrain quand on leur présente des offres intéressantes,
l'actionnariat salarié est l'occasion d'une grande réconciliation entre
différentes composantes de l'entreprise qui s'ignoraient, se méprisaient,
voire se combattaient. Il est un facteur de loyauté des uns envers les
autres. Il est une première solution à la constitution de retraite par
capitalisation.
Mon propos ici est de montrer que les
actionnaires salariés doivent impérativement s'organiser pour obtenir et
exercer tous les droits qui sont les leurs, à défaut de quoi l'offre qui
leur est faite risque de ressembler à une coquille vide. Leur action
concerne le législateur, la direction des entreprises, les media et les
autres catégories d'actionnaires, mais surtout eux-mêmes à mesure
qu'ils prennent conscience de leur existence spécifique.
Les actionnaires salariés peuvent
d'abord de regrouper en Association d'Entreprise à la fois représentative
et indépendante. Transposé sur le plan de la représentation des salariés,
on y verra tous les avantages que vantaient les syndicats japonais :
ceux-ci étant "maison" ne laissaient pas l'idéologie ou les
questions de principes l'emporter sur le bon sens et l'intérêt à long
terme de l'entreprise, seul susceptible d'améliorer le sort de son
personnel. La revendication prend des formes moins destructrices de valeur
que les grèves, les occupations d'usine ou les manifestations.
Ces associations doivent exiger et
obtenir tous les droits attachés aux autres catégories d'actionnaires :
Existe-t-il des réunions d'information des analystes financiers ? Les
représentants des actionnaires salariés de l'entreprise devront à tout
le moins y être conviés, voire obtenir une présentation dédiée, de même
qualité informationnelle et pratiquement simultanée.
Existe-t-il des droits de vote doubles ? Les actions des actionnaires
salariés devront en bénéficier dès le moment où les conditions sont
remplies, voire par anticipation quand ces actions sont bloquées pendant
une longue période comme c'est généralement le cas.
Plutôt que de disposer d'un
administrateur représentant les actionnaires salariés, il me semble préférable
que l'Association qui les représente exerce son influence sur l'ensemble
des administrateurs. Ayant contribué à leur élection, l'Association
doit exiger de chacun d'eux qu'il prenne en compte l'intérêt de cette
catégorie particulière d'actionnaires : valorisation du titre de
l'entreprise dans le respect des intérêts bien compris de son personnel.
Concrètement, cette communication entre
le Conseil d'Administration et l'Association des Actionnaires Salariés
peut être l'objet d'un échange :
Les Actionnaires Salariés font remonter au Conseil les pratiques
susceptibles d'amélioration.
Les Administrateurs s'engagent à privilégier les stratégies et
politiques qui préservent également l'intérêt des salariés.
Ces pratiques n'empêcheront pas les
restructurations quand elles s'imposent. Mais le pari fait ici est que ces
restructurations s'imposeront moins souvent, donneront le jour à des
solutions alternatives, mêmes partielles, et auront comme contrepartie
une forte valorisation des actions détenues par le personnel.
De nouvelles règles du jeu restent à
imaginer, à concrétiser, à pratiquer et à améliorer. Mais les besoins
et les enjeux en la matière sont tellement importants que nous espérons
assister à une véritable révolution des pratiques et des mentalités.
Le mot-clé de cette révolution est transparence. Les entreprises qui
auront réussi à l'imposer et à en convaincre les marchés financiers
seront assez fortes pour racheter celles qui auront échoué dans cet
exercice. Le rôle des Associations représentant les Actionnaires Salariés
est primordial dans cette quête de transparence.
Tout salarié actionnaire de son
entreprise peut espérer se trouver à la tête d'un patrimoine
significatif à l'heure de sa retraite. Entre ceux qui auront fait le
choix de pratiques actives et ceux qui auront laissé faire, l'écart
pourrait bien être de un à cinq en fin de carrière. Et surtout, pour
paraphraser un élu spécialisé dans les questions financières, les
actionnaires salariés ne seront plus considérés somme une sous-catégorie
d'actionnaires, mais comme une sur-catégorie, partenaires privilégiés
de l'entreprise.
* * * * * * * * *
* * *
|